"Aime-la, cette fille, petit con, aime-la car elle pourra peut-être enfin te faire aimer la vie. Peut-être que grâce à elle tu réussiras à laisser ton nez tranquille, tu arrêteras de baiser des putes, peut-être même que pour lui faire croire que tu es bon à quelque chose tu parviendras à te résoudre à travailler, peut-être que, quand tu la présenteras à tes parents, ils te considèreront à nouveau comme leur fils. Ton père cessera de penser à te déshériter... Tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tu te lèveras à l'heure à laquelle tu as l'habitude de te coucher, tu iras bosser en berline, et tu écouteras les infos dans les embouteillages. Tu liras les journaux, tu auras des idées politiques à côté de la plaque, tu voteras pour le programme qui diminue l'impôt sur la fortune. Le soir, tu regagneras tes pénates sans même te rendre compte de l'absurdité de ta vie, tu dîneras avec ta conne et la conversation roulera sur l'épidémie d'adultères qui sévit parmi vos amis, tu ne lui diras pas que ça s'étend jusque chez vous. Tu auras perdu ta jeunesse et tu n'en aura même pas conscience. Vous ronflerez côte à côte dans le paquebot de quatre mètres carrés qui vous servira de lit, vous ne vous effleurerez même pas. Tu t'en foutra parce que tu préfèreras aller au bordel ou aux putes boulevard Lannes. Tu deviendras tes parents. Tu seras un cliché vivant. Non... Tu crois vraiment que tu finiras aussi bien que ça ?Tu rêves, ce serait trop facile. L'idéal bourgeois, c'est encore bien trop pour toi, tu n'en es même pas capable. Tu rates tout, une caricature c'est ce que tu es, la caricature du pauvre mec qui a tout et qui n'est rien. Et maintenant, t'es content, tu fais des galipettes, tu te prétends amoureux alors que tu te tapes dix pouffiasses de banlieue par semaine pendant que ta bouffonne rêve de toi dans ses draps de Bambi ! T'es défoncé du matin au soir, toi qui contrôlais tout... Et tu te prends pour un mec équilibré qui vit une histoire formidable avec une fille charmante ? Nous savons très bien tous les deux que c'est un mensonge criant. Equilibré, toi ? T'as de ces trouvailles, c'est risible ! A part ça quoi de neuf dans ta misérable vie ? Tu déprimes plus qu'hier et moins que demain. Tu dors toute la journée, et tu ne fais rien de tes nuits. Tu te défonces la tête en pensant que tu échappes à ton destin d'origine, bon fils à papa qui fait une prépa HEC, qui sort pas en boîte, qui a des boutons plein la gueule ? Mais c'était pas ça, ton destin. Ton vrai destin, t'es en plein dedans, pauvre débile, t'en es prisonnier, de ton destin, de ton destin de raté !"